Participants

Il y a longtemps, la mer et les tropiques
Mario Baux-Costesèque

Mario Baux-Costesèque, Il y a longtemps, la mer et les tropiques, vidéoprojection sur pétrole brut, 266 x 200 cm, HD, 4:3, 6 minutes, boucle, 2018

Sous la surface l’inconnu.
Un autre monde plongé dans l’obscurité où le temps s’étire et remonte aux origines.
Un autre monde où les organismes vivants se transforment lentement en roche liquide.
Il y a longtemps, la mer et les tropiques.
Le plancton devient planète et les hommes rapetissent,
portés par des courants aléatoires.
Puis vient la nuit.
Restent des noirceurs épaisses et mouvantes dans les profondeurs de la terre.
Patiemment le vivant d’autrefois est devenu huile minérale.
Il y a longtemps, la mer et les tropiques.

Le pétrole est le résultat de la transformation en hydrocarbure de matières organiques (plancton et substances humiques déposés sur les plateaux continentaux), sous l’action de bactéries anaérobies. Ces hydrocarbures sont contenus dans des roches poreuses et perméables situées dans des configurations géologiques appelées pièges, qui favorisent l’accumulation du pétrole (plis anticlinaux, failles, lentilles sableuses).
Le pétrole brut utilisé pour cette installation a été prélevé près de Pechelbronn, en Alsace. Il s’est formé il y a environ 60 millions d’années.

www.mariobauxcosteseque.com

Submergé
Roman Carvajal Pardo

Roman Carvajal Pardo, Submergé, installation sonore pour 4 haut-parleurs, stéréo, boucle, 10 minutes, dimensions variables, 2018

La plongée en apnée est une pratique qui consiste à descendre sous l’eau le plus profond possible. Elle est basée sur l’interruption volontaire de la respiration.
Cette pièce sonore suit deux directions. La première s’inspire de l’environnement aquatique : immersion dans les eaux, changement de pression, pénétration dans l’obscurité, silence... La deuxième évoque les effets sur le corps humain : ralentissement du métabolisme, pression artérielle basse, diminution de l’oxygène dans le sang...
Ces conditions créent une scène presque religieuse entre trance et méditation. Comme un rite mystique qui défie la mort. Ce sont des images qui permettent au compositeur de créer sa pièce. C’est l’évocation d’un rituel qui se passe autant dans le corps que dans l’esprit.

www.soundcloud.com/roman-carvajal-pardo
www.youtube.com/user/Romanchistoso

Labyrinthe pour ligne droite
Julie Chane-Hive et Étienne Reutenauer

Julie Chane-Hive et Étienne Reutenauer, Labyrinthe pour ligne droite, installation, toile de coton tendue sur barres d'acier, dimensions variables, 2018

«[…] nous passons d’un endroit à l’autre, d’un espace à l’autre sans songer à mesurer, à prendre
en charge, à prendre en compte ces laps d’espace. Le problème n’est pas d’inventer l’espace,
encore moins de le ré-inventer […], mais de l’interroger, ou, plus simplement encore, de le lire ;
car ce que nous appelons quotidienneté n’est pas évidence, mais opacité :
une forme de cécité, une manière d’anesthésie.»

Georges Perec, Espèces d’espaces, Galilée, Paris, [1974] 2000, prière d’insérer

L’installation se compose de parois en toile de coton blanc suspendues dans l’espace de la galerie par des barres d’acier. En creux elle dessine un cheminement qui accompagne le visiteur dans son immersion, se faisant presque oublier.

L’installation tire parti des qualités du tissus dans son rapport à l’espace et à la lumière; translucidité, légèreté, mouvement. La combinaison des parois forme des couches qui o rent des nuances de transparences jusqu’à devenir de plus en plus trouble. L’espace est tantôt comprimé, dilaté, fragile, ralenti...

Cette proposition spatiale est à la fois un support invisible de l’exposition, une étendue sensible où se mouvoir et une enveloppe contenante qui questionne l’espace de la galerie. Son rapport aux autres œuvres présentées est ambigu ; le Labyrinthe pour ligne droite est autant un dispositif scénographique qu’une œuvre à part entière. Prétendant à une certaine autonomie, sa forme dépend de ce qu’il contient, mais pas son existence.

www.juliechanehive.fr

Eaux troubles
Elodie Marandon

Elodie Marandon, Eaux troubles, série de dessins au graphite sur papier, 56 x 76 cm/65 x 101cm, 2018

La surface de l’eau reflète la couleur du ciel, le paysage environnant. Parfois, grâce à la transparence, on parvient à deviner ce qui s’y cache, en-dessous. On devine des branches d’arbres, des animaux. Des formes se profilent, propices à laisser divaguer notre imagination. L’obscurité et la profondeur que l’on ignore peuvent donner le vertige et faire frissonner. C’est autour de ces sensations que j’ai construit cette série, en me servant de modèles provenant pour la plupart de collections de muséums d’histoire naturelle. Il s’agit de poulpes, poissons, lys de mer, mais aussi de fossiles, ces « dessins » précis d’êtres vivants qui ont vécu il y a des millions d’années et qui sont parvenus jusqu’à nous. Ces visions peuvent s’avérer inquiétantes voire même grotesques. Je tente de recréer un espace à partir de ces organismes qui me procurent la sensation de plonger dans le temps et qui m’emmènent vers les origines et l’évolution de la vie sur terre. Ces vues subaquatiques sont la projection d’un univers fantasmé. J’intègre ces animaux fantomatiques à des éléments de paysage traditionnels (arbres, rochers), issus de mes promenades ou voyages. Dans cette série la notion d’enfoncement, de chute lente prédomine. À travers la re-création d’un monde immergé dans l’eau auquel je n’ai pas accès, je retrace un cheminement émotionnel qui m’est propre.

www.elodiemarandon.com

Le Souffle de la terre
Emma Thiel

Emma Thiel, Le Souffle de la terre, sérigraphie et encre UV sur plexiglas, projecteur lumière noire, 130 x 100 cm, 2018

Notre Terre, en mouvement constant depuis son origine, a vu naître des changements conséquents au fil des millénaires. L’humanité est animée par l’idée de comprendre les mouvances de ce globe qui lui sert d’habitat. Bien que la connaissance de notre monde soit de plus en plus approfondie et documentée, il reste néanmoins des zones d’obscurité comme les fonds océaniques. Cet environnement lointain fait l’objet de recherches constantes, qui ont mené à la découverte, il y a environ quarante ans, d’un phénomène géologique  jusqu’alors inconnu, les sources hydrothermales.
Ces « oasis océaniques » sans lumière, aux températures extrêmes, à la pression hydrothermale élevée, sont étonnamment habitées d’écosystèmes foisonnants. Ces paysages uniques, étranges, cachent un monde silencieux et magique. Les sources hydrothermales, grâce à leurs caractéristiques bien particulières, ont permis de mettre en évidence de nouveaux éléments à la recherche scientifique, notamment sur la théorie de l’origine de la vie sur terre. Ces cheminées aquatiques, à l’environnement hostile à première vue, sont constituées d’une matière chimique extrêmement variée et sont par là propices au développement de spécimens biologiques endémiques infiniment riches et intéressants.
Ce milieu abyssal singulier, permet aujourd’hui aux scientifiques de progresser dans leur savoir autour de l’origine du vivant. C’est également un outil majeur de l’exobiologie, science interdisciplinaire qui a pour objet d’étude des facteurs et des processus, notamment géochimiques et biochimiques, pouvant mener à l’apparition de la vie, d’une manière générale, et à son évolution. Elle étudie la possibilité de vie ailleurs dans le système solaire, voire sur d’éventuelles exoplanètes. Les sources hydrothermales, anciennes comme le monde, et a priori à l’origine de la vie, sont aujourd’hui un outil d’observation et de recherche dans la conquête spatiale et sa compréhension. Passer des grandes profondeurs pour aller vers l’espace le plus lointain, voilà ce qui me passionne car cela crée une ouverture à une réflexion évolutive permanente.

www.emmathiel.wordpress.com