Diversité des natures, diversité des cultures

« Les Aborigènes ne traitent pas les non-humains comme des personnes. Pour un chasseur australien du totem du kangourou, un kangourou n’est pas un partenaire social comme il le serait pour un Indien d’Amazonie, avec qui il peut passer un contrat. Le kangourou est bien plutôt une sorte de réplique de lui-même sous une autre apparence. Chacun à leur manière […] ne sont que des incarnations provisoires de ses qualités issues du moule kangourou. […] La destruction éventuelle du site kangourou où les petits esprits s’incorporent pour fabriquer des humains du totem du kangourou, des kangourous et d’autres êtres qui dépendent du même totem, les empêcherait de se perpétuer et condamnerait donc à l’extinction humains et non-humains1. »

« Il s’agit pour les Aborigènes australiens de protéger la source même de leur vie et de leur descendance. Ce sont les sites où sont déposées les semences tout à fait concrètes qui permettent à des êtres vivants de différentes espèces de se reproduire tels qu’ils sont. De ce point de vue, les sites totémiques sont pas des sites sacrés en un sens traditionnel, il faudrait plutôt les voir comme des sortes de couveuses où dorment des générations futures d’hommes, de plantes et d’animaux et non comme des lieux empreints de respects religieux à la manière de la grotte de Lourdes ou de La Mecque2. »

1 Philippe Descola, Diversité des natures, diversité des cultures, coll. Les Petites conférences, Bayard Éditions, Montrouge, 2010, p. 29-30.
2 Philippe Descola, Ibid., p. 31-32.