Malebolge

Sandro Botticelli, La Divine comédie, Enfer XVIII, vers 1481-1488, pointe d’argent, encre, et détrempe sur parchemin, 32 x 47 cm, Kupferstichkabinett, Berlin
(Crédit image: Staatliche Museen zu Berlin, Kupferstichkabinett / Philipp Allard)

La Divine comédie, Enfer

« Il est en enfer un lieu dit Malebolge
tout fait de pierres, couleur du fer,
comme le cercle de roche qui l’entoure.

Juste au milieu de cet enclos maudit
s’ouvre un puits très large et très profond
dont en son lieu je dirai l’ordonnance.

L’enceinte qui reste est de forme arrondie
entre le puits et la dure falaise
et le fond se divise en dix vallées.

Tels on peut voir, pour protéger les murs,
des fossés nombreux entourant les châteaux,
formant ensemble une figure:

telle image formaient ici tous les fossés;
et comme aux forteresses on voit de petits ponts
allant de leur seuil à la rive,

ainsi des rochers partaient de la falaise
qui coupaient la digue et les fossés,
jusqu’au puits qui les arrête et les reçoit.

C’est en ce lieu, secoués de l’échine
de Géryon, que nous nous retrouvâmes;
le Poète prit à gauche, et moi je le suivis. […] »

Le texte dans sa langue originale:

« Luogo è in inferno detto Malebolge,
tutto di pietra di color ferrigno,
come la cerchia che dintorno il volge.

Nel dritto mezzo del campo maligno
vaneggia un pozzo assai largo e profondo,
di cui suo loco dicerò l’ordigno.

Quel cinghio che rimane adunque è tondo
tra ’l pozzo e ’l piè de l’alta ripa dura,
e ha distinto in dieci valli il fondo.

Quale, dove per guardia de le mura
più e più fossi cingon li castelli,
la parte dove son rende figura,

tale imagine quivi facean quelli;
e come a tai fortezze da’ lor sogli
a la ripa di fuor son ponticelli,

così da imo de la roccia scogli
movien che ricidien li argini e ’ fossi
infino al pozzo che i tronca e raccogli.

In questo luogo, de la schiena scossi
di Gerion, trovammoci; e ’l poeta
tenne a sinistra, e io dietro mi mossi. […] »

Dante Alighieri, « Chant XVIII », dans L'Enfer, édition bilingue illustrée par Miquel Barcelo, traduit de l’italien et annoté par Jacqueline Risset, France Loisirs, Paris, 2003, p. 119.

Les parchemins de Sandro Botticelli illustrant La Divine Comédie de Dante, de la collection du Kupferstichkabinett de Berlin:
http://www.smb-digital.de/eMuseumPlus?service=ExternalInterface&lang=en

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